Après 300 jours de survie intense, seul sur une île déserte, Xavier Rosset n’a pas mis longtemps à imaginer sa prochaine grande aventure. L’ancien snowboardeur professionnel local s’attaque à présent à son plus gros défi : faire le tour du monde en aéronef ultraléger…

Xavier Rosset respire l’aventure. Enfant de Verbier, il a tout naturellement excellé en snowboard. Au cours de sa carrière professionnelle, il a passé six ans à dévaler la face abrupte du Bec des Rosses lors de l’Xtreme de Verbier, obtenant une belle deuxième place en 2005. Cela aurait suffi à la plupart des gens, mais pour Xavier, ce n’était que le début de l’aventure. Toujours prêt à donner vie à ses rêves les plus fous, il a quitté le confort de ses montagnes en vue de passer 300 jours sur une île avec comme seuls compagnons un couteau suisse et une machette. Après quatorze mois de préparation, il a donc parcouru 22’000 km depuis Verbier pour poser ses valises sur une île déserte en plein Pacifique. C’est après des mois d’épreuves physiques et mentales qu’il a relevé le défi, et aussitôt rentré, il mettait déjà sur pied une expédition encore plus audacieuse : faire le tour du monde à bord d’un ULM pendulaire de 230 kg. Xavier a déjà pris le large sur son engin volant et a prévu de traverser cinq continents et cinquante pays, pour une distance totale de 80’000 km autour du monde, tout en survolant la forêt tropicale d’Amérique centrale, l’Himalaya et le Groenland.

VL : Comment s’est passé ton retour à la vie normale après ton séjour sur l’île ?

Xavier : Le retour de l’île en 2009 s’est très bien passé. Je suis revenu dans un monde que je connaissais, que j’apprécie. J’avais quitté Verbier provisoirement pour vivre une aventure humaine et non pour fuir le système de consommation qui le régit, qui je dois l’avouer, me laisse de grandes libertés en tant que instructeur freeride.

Une des richesses les plus incroyables dont j’ai profité à mon retour des 300 jours sur l’île est d’avoir pu prendre ma famille dans mes bras et de dialoguer avec d’autres personnes que moi-même.

VL : Qu’est-ce qui t’a poussé à t’engager dans un tel défi ?

Xavier : L’expédition « FlyTheWorld » (FTW) a beaucoup de valeurs communes avec la précédente expédition sur l’île. Durant mes 300 jours, j’ai exploré la jungle semi-tropicale à pied et me suis également exploré moi-même. Avec FTW, je ne fais qu’élargir les horizons. Je pars en ULM pendulaire à la découverte de notre planète, autant d’un point de vue géologique qu’humain. L’idée est de montrer une facette positive de ce que notre planète recèle de meilleur au travers de vidéos de deux minutes, de photos et d’un documentaire qui sera distribué à la fin de l’expédition, dans trois ans. Les optimistes, comme les pessimistes, sont contagieux. Je préfère faire partie de cette première catégorie et de partager mes aventures de vie afin de mettre en exergue les beautés de la planète.

VL : Tu as quitté la Suisse en juillet après des mois de préparation. Comment s’est passé le périple jusqu’ici ?

Xavier : L’expédition avance à son rythme, elle a déjà parcouru plus de 15’000 km en survolant 13 pays en 120 jours.

Cela comporte énormément d’imprévus – autant météorologiques et techniques qu’au niveau des autorisations de vol / séjour – auxquels il faut sans cesse trouver des solutions. La grande difficulté à obtenir un visa pour l’Arabie saoudite a fait que l’expédition a dû planifier un nouvel itinéraire, qui l’emmènera finalement en Afrique du Sud, dans un premier temps. Les pays survolés ont offert à FTW des paysages absolument incroyables. C’est fou comme la perception de notre monde change en le contemplant depuis les airs.

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VL : Au bout de quelques semaines sur l’île, tu t’es demandé si tu serais capable de tenir les 300 jours comme prévu. Quel est ton sentiment sur cette aventure jusque-là ?

Xavier : Le plus gros challenge de mon aventure de 300 jours était la solitude et l’isolement volontaires. L’expédition « FlyTheWorld » m’emmène à la rencontre de plein de peuples et de lieux différents ; je suis constamment en contact avec des cultures très intéressantes à observer. Cela m’apprend beaucoup sur les autres et également sur moi-même.

Ma seule déception est probablement de ne pas être véritablement libre de survoler certains pays à ma guise. Je dois suivre des itinéraires réglementés, ce qui limite fortement mes découvertes par les airs.

VL : Quelle partie du voyage attends-tu avec le plus d’impatience ?

Xavier : L’expédition survole tant de pays qu’il est difficile de prévoir ce que je vais découvrir et de m’en réjouir par avance, ce qui est très bien car ça me laisse une marge de manœuvre importante. Le continent américain, nord et sud, promet de merveilleuses rencontres et des paysages à couper le souffle, tout comme l’Asie… Le survol de l’Etna, plus haut volcan actif d’Europe culminant à 3’500 m, restera gravé dans ma mémoire. Je l’ai survolé un samedi matin d’août au lever du jour, là où les vents sont les plus cléments. J’ai emmené ma machine à 3’950 m pendant plus d’une heure, survolant ainsi les 6 cratères de cet ambassadeur des entrailles de la terre.

VL : Lors de tes 300 jours sur l’île, la solitude a été l’une de tes plus grandes épreuves. Qu’est-ce qui est le plus difficile jusqu’ici ?

Xavier : En survolant le Sud Soudan fin septembre, j’ai dû changer d’itinéraire à cause des conditions météo. Dès mon atterrissage dans ce pays en proie à la guerre civile, une avalanche de problèmes m’est littéralement tombée dessus, prenant vite de l’ampleur, jusqu’à ce que je fasse l’objet d’une enquête par les forces armées du pays. Je suis obligé de garder le secret sur les jours qui ont suivi mon arrestation, mais je tiens à remercier l’ambassade suisse qui a très rapidement mis en œuvre les procédures nécessaires afin de clarifier et régler le problème dans les plus brefs délais.
Le 7 octobre, à la veille de quitter le Sud Soudan, j’ai eu un autre gros problème. Une tempête a endommagé l’aile et les pales de mon ULM qui n’était plus en état de voler. Je dois actuellement le faire sortir du pays afin d’effectuer les réparations. Cela se fera par avion-cargo direction l’Ouganda… Je dois également racheter tout mon matériel vidéo qui a mystérieusement disparu lors de mon séjour.

VL : Comment parviens-tu à te remotiver lorsque ta détermination fléchit ?

Xavier : Étant d’un naturel très positif, je trouve toujours un point positif dans tout ce qui m’arrive. Tout est une question de perception. Je trouve beaucoup plus enrichissant d’essayer de voir le positif, les solutions, plutôt que de focaliser sur un problème et de me plaindre. Tout ce qui arrive, planifié ou pas, fait partie de l’expédition et il est important d’être ouvert à tout et d’être prêt…

VL : Où as-tu prévu de passer Noël cette année ?

Xavier : L’expédition est divisée en trois saisons. Cela me permet de revenir à Verbier durant l’hiver pour travailler comme moniteur freeride et ainsi gagner un peu d’argent qui sera réinvesti dans l’expédition dès le printemps prochain. Cela me permettra également de trouver de nouveaux partenaires pour FTW.

L’ULM passera quatre mois dans un hangar quelque part dans le monde en attendant mon retour pour la suite de « FlyTheWorld ». Je passerai donc Noël entouré de ma famille, partageant les récits de mes aventures dans le monde et écoutant les leurs.

VL : Où peut-on suivre ton aventure ?

Xavier : L’expédition se veut le plus interactif possible. Tout le monde peut en suivre l’avancée sur le site internet grâce à un émetteur placé sur l’ULM. Des vidéos et des photos sont régulièrement postées sur les réseaux sociaux.

www.FlyTheWorld.ch  

www.facebook.com/xavier.rosset.5

www.facebook.com/flytheworld.ch  

Instagram : fly_the_world

Avant le départ de cette expédition, très peu pensaient que le petit montagnard de Bagnes s’envolerait à la découverte du monde sur sa moto des airs. Il est maintenant temps de rejoindre l’aventure en tant que partenaire et supporteur et de lui donner les ailes nécessaires pour relever ce défi positif, ensemble.